Le bruit du flash, la lumière aveuglante. C'est le signe. Le signe qui me fait partir dans un autre monde, n'importe lequel, tant qu'il n'est pas ici. L'objectif coule sur toutes les parties de mon corps, sans pudeur. Je me sens vide. Vide... Je n'est même pas la force de pleurer, de crier. Plus tard, sûrement, quand je reviendrais du monde dans lequel je me blinde pendant la séance photo. Parfois, quand je me demande comment j'en suis arrivée là, je me rend compte à quel point être libre était important pour moi. Je ne voulais plus être dans ces familles d'accueils, puisque je n'ai plus mes parents depuis mes douze ans, je dois vivre seule. Par moi même.
Alors j'ai fais une "fugue". Peut on appeler ça comme ça alors que je n'étais pas vraiment chez moi ? Sur le haut de mes seize ans, j'ai couru, couru. Courir à en avoir mal, pour essayer de me sentir libre, vivante. J'avais trouvé un petit studio lugubre mais pas cher en banlieue. Le problème c'est que vivre seule ça coûte cher. Et deux jours après ma prise de liberté, j'ai fait une rencontre que j'ai considéré comme miraculeuse. Un homme me proposait de faire des photos de " charme ". D'après lui mon physique avantageux ne laisserait pas voir que je n'ai que seize ans et en plus je serais bien payé. En un regard, il avait ciblé ma faiblesse et l'a exploité sans vergogne. Mais j'ai accepté. J'ai pris de mon plein grès ce cadeau empoisonné. Maintenant quand j'y pense, mon insouciance me fait encore mal.
Ce poison à continuer à se répandre dans mon sang durant trois ans. Comme un serpent en moi qui dévore tout ce qu'il me reste d'humain. Petit à petit, anesthésiant tout jugement qui pourrait me faire renoncer.
On me tend mon peignoir. Ah, la séance est terminée. Je me rhabille et rentre chez moi. Sans un mot, sans une parole. Je suis sans vie, je suis loin de moi. Je suis perdue, égarée, paumée. Je voyage loin de moi même.
Mais ça allait changer. Tout aller changer. Mais pendant que j'introduisais ma clef dans la serrure, je ne savais pas ce qu'il m'attendais derrière ma porte.
D'ailleurs, puisque je raconte mon histoire, je voudrais te remercier. Car sans toi Vic, rien n'aurait commencé. Et à l'heure qu'il est, ce poison aurait sûrement tout détruit en moi si tu n'avais pas été là.
P.S : Peut être le début de Paris-Tokyo, qui à la base est le titre d'un livre que je voulais écrire, mais je n'avais pas l'inspiration. Donnez moi votre avis =) . Cette histoire est purement fictive.



